FLE - littérature: Matin brun - Franck Pavloff - présentation & extrait 1

Publié le par La Prof

La nouvelle française Matin brun a été publiée en 1998 par Franck Pavloff. Vendue 1 euro, elle est devenue un best-seller en 2002, lorsque le candidat du Front National Jean-Marie Le Pen arriva au second tour des élections présidentielles. Il s'agit d'une métaphore antifasciste et contre la pensée unique.

Matin brun montre, en une douzaine de pages, où peuvent construire la peur et l’absence de révolte : deux hommes ordinaires assistent, en refusant de s’inquiéter, à la mise en place d’un Etat brun. La couleur brune prend de plus en plus de place: les animaux de compagnie, les livres, la langue elle-même… Pour être tranquilles et bien vus, ces deux amis acceptent petit à petit toutes les réglementations -de plus en plus extrêmes- de l'État National. Etre un bon citoyen afin de pouvoir se sentir en sécurité.
"... la sécurité brune, ça pouvait avoir du bon..."

D’après Alain Salles, Le Monde, vendredi 7 mars 2003, ericfreget.com et Wikipédia, l’encyclopédie libre.



EXTRAIT 1

Lorsque [Charlie] m'a dit qu'il avait dû faire piquer son chien, ça m'a surpris, mais sans plus. C'est toujours triste un clebs* qui vieillit mal, mais passé quinze ans, il faut se faire à l'idée* qu'un jour ou l'autre, il va mourir.


- Tu comprends, je pouvais pas le faire passer pour* un brun.

- Ben, un labrador, c'est pas trop sa couleur, mais il avait quoi, comme maladie ?

- C'est pas la question, c'était pas un chien brun, c'est tout.

- Mince alors, comme pour les chats maintenant ?

- Oui, pareil.


Pour les chats, j'étais au courant. Le mois dernier, j'avais dû me débarrasser* du mien, un de gouttière* qui avait eu la mauvaise idée de naître blanc, tâché de noir. C'est vrai que la surpopulation des chats devenait insupportable, et que d'après ce que les scientifiques de l'Etat National disaient, il valait mieux garder les bruns. Que des bruns.


Tous les tests de sélection prouvaient qu'ils s'adaptaient mieux à notre vie citadine*, qu'ils avaient des portées* moins nombreuses et qu'ils mangeaient beaucoup moins.

 

Ma foi*, un chat, c'est un chat, et comme il fallait bien résoudre le problème d'une façon ou d'une autre, va pour* le décret qui instaurait* la suppression des chats qui n'étaient pas bruns.

 

Les milices de la ville distribuaient gratuitement des boulettes d'arsenic*. Mélangées à la pâtée, elles expédiaient les matous* en moins de deux. Mon coeur s'était serré, puis on oublie vite. […]


*Un clebs (pop.) = un chien                            *Citadin(e) = en ville

*Faire passer pour =                                       *Ma foi = na ja

*Se débarrasser de qch =                               *Va pour = OK pour

*Un chat de gouttière =                                  *Instaurer = etw. Begründen

*Une portée = quand un animal fait naître     *un matou (fam.) = un chat

            plusieurs bébés en une seule fois



1. Qu’est-ce qui est arrivé au chien de Charlie ? Pourquoi ?

 

2. A ce moment-là, quelle est la position du narrateur par rapport à la nouvelle politique adoptée ? Pourquoi ?

 

Matin brun - Franck Pavloff - extraits 2 et 3
Matin brun - Franck Pavloff - extrait 4
Martin Niemöller - Ich habe geschwiegen
La guerre aux sans-papiers et la guerre d'Algérie, un déshonneur total

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Publié dans littérature et arts

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